
Le cerveau humain, et plus précisément le système limbique, est la région principalement impliquée dans la gestion des émotions. Toutefois, nos expériences quotidiennes montrent que les émotions ne se limitent pas uniquement au cerveau. Des expressions telles que « avoir la peur au ventre » ou « avoir des papillons dans le ventre » montrent que nous ressentons des émotions dans nos entrailles. Ces sensations physiques sont souvent liées à des réponses émotionnelles intenses, comme la peur ou l’excitation.
La sensation des « papillons » est en fait causée par la libération d’adrénaline, qui déclenche la réaction de combat-fuite. Ce phénomène provoque une réduction temporaire du flux sanguin vers l’estomac, d’où cette sensation étrange.
Ces exemples suggèrent que, bien que le cerveau soit le centre de la rationalisation des émotions, les entrailles pourraient être le siège des émotions instinctives, celles qui naissent en nous et ne sont pas simplement le résultat d’une perception externe. Et si nos entrailles étaient le véritable « cœur » de nos émotions les plus pures, celles qui sont vivantes, profondes et ancrées en nous ?
Le lien entre émotions et entrailles dans les Écritures
Dans le passage biblique de Luc 1:41-42, nous lisons que :
« Dès qu’Elisabeth entendit la salutation de Marie, son enfant tressaillit dans son sein, et elle fut remplie du Saint-Esprit. Elle s’écria d’une voix forte : Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de ton sein est béni. »
Le mot grec pour « tressaillir » utilisé ici est « skirtao », qui dérive de « skairo » (sauter). Dans certaines traductions anglaises, ce terme est traduit par « to leap » (bondir) ou encore « quickening of a fetus » (un changement soudain de l’état de l’enfant dans le ventre). Ce mot se retrouve dans d’autres passages bibliques tels que Genèse 25:22 ou Psaumes 114:4,6, où il renvoie à des mouvements vifs comme sauter, bondir, jaillir…
En explorant plus loin l’origine de ce terme, on peut faire un parallèle avec le mot anglais « squirt », qui signifie « jaillir rapidement d’une petite ouverture ». Cette image peut évoquer l’éjaculation, où le sperme transporte la semence — la vie. On peut aussi rapprocher ce concept du mot « quicken », qui signifie « donner vie ». Ces termes partagent un lien avec la transmission rapide, que ce soit de la vie, de l’information ou des émotions.

Les entrailles comme siège de la compassion
Dans les Écritures, nous trouvons aussi une autre expression puissante, liée aux entrailles. Par exemple, dans la parabole de l’enfant prodigue (Luc 15:20) ou encore lorsque Jésus ressuscite le fils unique d’une veuve (Luc 7:13), l’expression grecque « splagchnizomai » est utilisée pour décrire une compassion si profonde qu’elle est ressentie dans les entrailles.
Ce terme grec est à l’origine du mot français « splanchnique », qui désigne les viscères (organes internes comme le cœur, les poumons, l’appareil digestif…). Ces organes sont reliés par le nerf vague, qui joue un rôle clé dans le système nerveux parasympathique, responsable des réponses de repos et digestion (« rest and digest »), en opposition au système sympathique qui active les émotions fortes comme la peur ou le stress (« fight or flight »).
Les émotions ressenties dans les entrailles, comme l’amour et la compassion, semblent être en lien avec ce qui est pur et noble. Ces émotions profondes sont vécues dans le cœur même de nos viscères, et le lien avec le nerf vague nous montre à quel point nos entrailles sont un centre essentiel des émotions humaines.
Conclusion
Bien que le cerveau soit l’organe qui traite et analyse les émotions, il est clair que nos entrailles jouent un rôle tout aussi important, voire primordial, dans la manière dont nous ressentons les émotions. Elles sont souvent le premier point de contact avec nos expériences émotionnelles les plus profondes, des expériences qui sont ensuite filtrées et comprises par notre intellect.
Les expressions physiques des émotions, que ce soit les « papillons dans le ventre » ou le serrement des tripes devant un danger, sont des signes que notre corps, en particulier nos entrailles, est intimement lié à nos états émotionnels. Les Écritures nous rappellent que ces émotions profondes, nées dans nos viscères, sont souvent associées à la compassion, à l’amour, et à des réactions puissantes d’empathie, de compassion.
Ce voyage entre cerveau et entrailles montre que les émotions, bien qu’issues du traitement mental, trouvent leur racine dans des centres physiques bien plus profonds, touchant à notre humanité la plus authentique et la plus spirituelle.




